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Étudiants audioprothésistes : que faire après le diplôme ?

Vous avez décroché votre Diplôme d'État d'audioprothésiste. Bravo ! Mais maintenant, une grande question s'impose : et après ? Se lancer sur le marché du travail, continuer à se former, ou créer son propre centre ? On vous donne des pistes pour mieux vous projeter dans votre future vie professionnelle.

Benjamin CHAIX

Audioprothésiste D.E et Audiologiste

Le marché de l'audition en 2026 : une filière qui recrute

Avant de parler de vos options, parlons du contexte dans lequel vous allez évoluer. En France, le déficit auditif concerne environ 6 millions de personnes, dont à peu près la moitié seraient susceptibles de bénéficier d'un appareillage. Une part importante d'entre elles ne sont pas encore équipées, le vieillissement de la population devrait mécaniquement faire progresser la demande d'ici 2030. Les projections démographiques sont donc favorables pour notre profession.

Côté professionnels, la filière compte près de 5 000 audioprothésistes de moins de 62 ans au 1ᵉʳ janvier 2024. C'est une population qui a plus que doublé depuis 2012 et qui a encore progressé de plus de 10 % sur la seule année 2024. En 2026, la filière regrouperait un peu plus de 7 000 audioprothésistes formés dans 11 écoles françaises ou issus de cursus étrangers (Espagne, Belgique). Nous avons une profession plutôt jeune (âge moyen autour de 37-38 ans selon les données du RPPS) et désormais paritaire, avec une majorité de femmes (plus de 53 %). Mais attention : la croissance du nombre de centres ralentit, certains secteurs commencent à saturer, et la productivité par audioprothésiste tend à diminuer. La réforme 100 % Santé a créé une « bulle » entre 2021 et 2024, et le marché retrouve désormais un rythme de croissance plus modéré.

Autre point de contexte important : le désert médical progresse. La densité d'ORL, déjà inférieure à 3 spécialistes pour 100 000 habitants, continue de décroître dans la majorité des départements. Or, depuis le 1ᵉʳ octobre 2022, les primo-prescriptions ne sont possibles que par les médecins spécialistes en ORL et par les médecins généralistes ayant suivi une formation en otologie médicale. L'audioprothésiste occupe donc une place de plus en plus centrale dans le parcours de soins, et la profession cherche aujourd'hui à faire évoluer son rôle comme en témoigne la proposition de loi déposée en février 2025 pour créer un Ordre national des audioprothésistes.

Quelles perspectives après le diplôme ?

1. Continuer à se former

Le Diplôme d’Etat d'audioprothésiste n'est pas une fin en soi. De nombreux audioprothésistes choisissent de compléter leur formation avant ou en parallèle de leur vie professionnelle, via des Diplômes Universitaires, des Masters ou des Doctorats. D'autres se spécialisent sur le plan clinique (prise en charge des enfants, des acouphènes, de l’hyperacousie ou des troubles auditifs complexes) ou se tournent vers le réglage d'implants cochléaires et des postes de support clinique chez les industriels. Pour celles et ceux qui sont attirés par la recherche ou l'expertise scientifique, ces voies sont également accessibles après le diplôme.

À noter : le Master ouvre aussi des passerelles vers d'autres filières (médecine, orthophonie, ingénierie). Une reconversion n'est donc pas impossible si votre projet évolue.

2. Se lancer comme salarié

Le salariat reste la porte d'entrée la plus naturelle permettant de gagner en expérience et d'affiner son projet sans risque financier immédiat. Mais beaucoup d'audioprothésistes aspirent à terme à l'installation. Se pose alors une question structurante : comment s'installer sans renoncer à son indépendance, ni s'isoler ?

Le marché s'organise en plusieurs familles d'enseignes, qu'il faut distinguer car elles n'impliquent ni le même statut, ni le même degré d'autonomie :

  • Les succursalistes (réseaux intégrés) : Amplifon, Audika, Audition Santé… Le réseau est propriétaire de ses centres et emploie ses audioprothésistes salariés. Sécurité, mais peu de latitude sur la gestion.
  • Les licences de marque : Audition Conseil, Audio 2000, Krys Audition… Vous restez propriétaire de votre centre et exploitez une marque nationale, avec un engagement contractuel léger et un accompagnement limité.
  • La franchise : Alliance Audition, Alain Afflelou Acousticien, Acuitis… Vous êtes pleinement entrepreneur et propriétaire de votre laboratoire, adossé à un réseau qui transmet un concept, des outils et un savoir-faire. C'est le modèle qui se distingue par l'engagement le plus fort en matière d'accompagnement et de mise à disposition d'outils et de services.
  • L'installation en nom propre, avec ou sans centrale d'achats, pour les indépendants qui assument seuls l'intégralité de la gestion et de la communication.

La franchise : l'indépendance, sans la solitude

C'est là tout l'intérêt du modèle pour qui veut entreprendre sans se couper de ses confrères. Bien choisie, la franchise permet de conserver son indépendance tout en mutualisant ce qui pèse le plus lourd sur un indépendant isolé : la notoriété, le pouvoir d'achat d'une centrale, la visibilité digitale, les outils de gestion et la formation continue. Face à des réseaux intégrés puissants, c'est précisément ce qui permet aux indépendants de peser collectivement sans se diluer.

C'est l'esprit qui anime Alliance Audition. Lancée au congrès des audioprothésistes 2023, c'est une franchise conçue pour les audioprothésistes indépendants souhaitant évoluer dans un cadre qualitatif et innovant, tout en valorisant leur métier. L'enseigne est née d'une conviction forte : s'adresser aux audioprothésistes qui ne veulent pas subir les évolutions du marché mais en être acteurs. Construite par des audioprothésistes diplômés du Master d'Audiologie, autour d'une approche pointue et pluridisciplinaire de la prise en charge, elle met à disposition une centrale d'achats, un logiciel de gestion pensé pour le réseau, une identité de marque et un accompagnement de bout en bout, de l'étude de marché à l'ouverture. Le tout en laissant à chaque partenaire la liberté du choix des produits, de l'aménagement et de sa méthode de travail. Une approche qui privilégie clairement le qualitatif sur le volume.

3. Créer son propre centre

C'est le choix de nombreux jeunes diplômés. S'installer sous licence de marque ou en franchise permet de démarrer dans de bonnes conditions, en s'appuyant sur la notoriété et les outils d'un réseau. Mais l'installation en nom propre reste une voie pleinement viable et reste même, aujourd'hui, à l'origine de la majorité des créations de centres. On vous explique juste après comment procéder.

Créer son centre : le guide étape par étape

Étape 1. L'auto-évaluation

Avant de vous lancer, posez-vous les bonnes questions. Avez-vous acquis suffisamment d'expérience clinique ? Connaissez-vous le marché local ? Êtes-vous prêt à vous impliquer bien au-delà du soin (gestion, comptabilité, RH, communication) ? Quelles sont vos valeurs métier ? Souhaitez-vous vous associer ou partir seul ? A partir de vos réponses, vous aurez déjà une bonne base pour savoir vers quel modèle vous lancer.

Étape 2. Définir son positionnement

Votre offre de service doit être claire dès le départ. Deux grandes dimensions sont à arbitrer : premium ou accessible d'un côté (quelle gamme de prix et de services ?), ultra-personnalisé ou standardisé de l'autre (misez-vous sur la relation humaine de proximité ou sur l'efficacité et le volume ?). Il n'y a pas de bonne réponse universelle, l'essentiel est de choisir et d'assumer.

Étape 3. L'étude du projet

Il s'agit d'analyser la démographie et le tissu économique du secteur visé (via des outils comme Geoclip), d'étudier la concurrence locale, d'évaluer la présence médicale (ORL, généralistes formés en otologie etc.) et d'identifier précisément vos atouts différenciants dans ce contexte. Ne faites pas l'économie de cette étape : elle conditionne la viabilité de tout votre projet.

Étape 4. Le choix de l'emplacement

Quatre critères sont à pondérer sérieusement : la visibilité depuis la rue, l'accessibilité (stationnement, transports, accès PMR), la qualité des alentours (proximité de médecins, pharmacies, commerçants), et enfin le flux piéton quotidien devant l'entrée. Un local mal situé peut condamner un projet solide sur le papier.

Étape 5. Le prévisionnel financier

Le coût moyen d'ouverture d'un centre en France se situe entre 60 000 € et 100 000 €. Votre prévisionnel doit projeter l'activité sur 3 ans (chiffre d'affaires, marges, charges fixes, masse salariale) et déterminer précisément vos besoins de financement. Faites-vous accompagner par un cabinet comptable spécialisé dès cette étape. Pour le financement, les options vont de l'apport personnel au prêt bancaire classique, en passant par un prêt familial ou un dispositif d'aide associative à la création d'entreprise.

Lire l’article consacré au prévisionnel financier

Étape 6. Le juridique

Une fois le projet cadré, il faut formaliser la structure. Cela implique de choisir un statut juridique (SARL, SAS, EURL, EIRL…), de rédiger les statuts de la société et un éventuel pacte d'associés, puis d'immatriculer la société au Greffe pour obtenir votre SIREN. 

Seul ou accompagné ? Le grand dilemme

C'est souvent la question qui bloque donc on vous résume les trois scénarios possibles : 

Démarrer seul offre une indépendance totale, mais implique de gérer soi-même absolument tout : identité graphique, banques, comptabilité, fournisseurs, travaux, matériel. La charge mentale et opérationnelle est très lourde, surtout lorsque votre expertise première est clinique. Se rappeler que votre valeur ajoutée est dans le soin, pas dans l'administratif, est souvent l'argument qui fait pencher la balance.

Opter pour une licence de marque permet de garder une certaine indépendance tout en bénéficiant d'une "boîte à outils" : centrale d'achats, outils marketing, accompagnement au démarrage. Le revers ? Pas de concept novateur, vous portez une marque existante sans en être vraiment l'architecte.

Rejoindre un réseau en franchise représente l'accompagnement le plus complet : interlocuteurs dédiés, centrale d'achats, outils marketing puissants, parfois des solutions de financement, et un collectif actif pour améliorer vos pratiques. En contrepartie, vous adhérez à un concept et à une vision métier. Ce n'est pas de l'indépendance au sens strict, vous êtes autonome avec un partenariat.

Le bon choix n'est pas le même pour tout le monde. Il dépend de votre personnalité, de votre appétence pour la gestion et de votre besoin d'être épaulé. Ce qui est sûr : se faire accompagner a un coût, mais permet souvent de réaliser des économies d'échelle significatives et de consacrer votre énergie à ce que vous faites vraiment bien (soigner vos patients).

Lire l’article “Créer son centre auditif en nom propre ou avec Alliance Audition ?”

Poursuivre les études Devenir salarié Se lancer à son compte
Principe Compléter son parcours avec des formations universitaires ou spécialisées : diplômes universitaires, master, doctorat ou spécialisations. Choisir la voie la plus rassurante pour débuter dans le métier et gagner en expérience. Construire un projet plus personnel, avec davantage de liberté.
Avantages
- Approfondir son expertise

- Développer un profil différenciant

- Ouvrir l’accès à des débouchés plus spécialisés
- Consolidation progressive de la pratique clinique

- Découverte du fonctionnement d’un centre

- Moins de responsabilités immédiates en gestion, administratif et commercial
- Plus grande autonomie

- Possibilité de créer un projet à son image

- Liberté dans le positionnement et le fonctionnement
Points de vigilance - Entrée plus tardive dans la vie professionnelle

- Nécessité d’avoir un projet suffisamment clair pour choisir la bonne spécialisation
- Moins d’autonomie dans les décisions stratégiques

- Cadre de travail déjà défini

- Évolution entrepreneuriale plus indirecte à court terme
- Responsabilités plus larges

- Nécessité de gérer ou d’apprendre la gestion, le juridique, le financement et la communication

- Risque financier plus important selon le modèle choisi

Conclusion

Après l’obtention du Diplôme d’État, de nombreuses voies s’ouvrent, riches en opportunités et en découvertes : vous spécialiser, exercer en tant que salarié dans différentes structures pour découvrir le marché, ou créer votre propre centre seul, sous licence ou en franchise. 

Comment faire le meilleur choix ? L'essentiel est de vous connaître : vos ambitions, vos forces, votre rapport au risque et à l'indépendance. Le marché de l'audition est en mutation, mais il reste porteur et en demande de professionnels bien formés, engagés et capables de s'adapter.

Sources

Article rédigé parBenjamin Chaix.
Audioprothésiste D.E - Membre du Collège National d'Audioprothèse

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