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Retour sur les interventions marquantes du Congrès de la SFA 2026

Benjamin Chaix et Antoine Lorenzi, fidèles représentants d’Alliance Audition, étaient présents à ce rendez-vous scientifique et souhaitent vous faire partager les moments forts et les principaux enseignements de ce congrès.

Antoine Lorenzi Audioprothésiste Montpellier
Antoine LORENZI

Audioprothésiste D.E et Docteur en Neurosciences

La Société Française d’Audiologie a une nouvelle fois réuni chercheurs, médecins ORL, audioprothésistes et acteurs du secteur autour des dernières avancées en audiologie. Cette édition, consacrée aux surdités unilatérales et asymétriques, a été l’occasion d’aborder aussi bien les enjeux de diagnostic et de prise en charge que les innovations qui pourraient faire évoluer les pratiques de demain.

Avant toute chose, nous tenons à féliciter et remercier chaleureusement Morgan Potier, président sortant de la SFA, ainsi que l’ensemble des membres de la Société, les organisateurs et les différents intervenants, pour la qualité de ce rendez-vous et la richesse des échanges scientifiques.

Surdités asymétriques congénitales : mieux en identifier l’origine

Parmi les interventions marquantes, Fanny Merklen, docteur ORL et Chef du service Audiophonologie de l'Institut Saint Pierre de Palavas-les-flots, a présenté les différentes étiologies des surdités asymétriques d’origine congénitale. Elle a notamment abordé :

  • les anomalies anatomiques ;
  • les causes génétiques, qu’elles soient isolées ou syndromiques ;
  • les infections congénitales, notamment le CMV (cytomégalovirus).

Une intervention qui rappelle l’importance d’identifier précisément l’origine d’une surdité asymétrique afin d’adapter au mieux la prise en charge clinique.

Audition binaurale : mieux comprendre l’impact de l’asymétrie auditive

Le Docteur Jean-Charles Ceccato, Maître de conférences en audioprothèse à l’Université de Montpellier et chercheur en audiologie et neurosciences à l’Institut des Neurosciences de Montpellier a évoqué un point essentiel concernant les variables susceptibles d’altérer les performances de l’audition binaurale.

Dans la pratique courante, l'évaluation de la compréhension de la parole dans le bruit est réalisée dans des conditions lors desquelles la parole et le bruit sont colocalisés (S0N0).

Comme le traduit l’analyse multivariée présentée dans l’image ci-dessous, une baisse des performances dans ces conditions est essentiellement impactée par l’âge et la perte auditive. Cependant, ce type de test n’évalue que très partiellement les capacités de l’audition binaurale.

Grâce à des tests, notamment ceux développés via l’outil SoNoise EVO de la société Sonup, il est possible de mesurer, au casque et sans appareil, les capacités d’un sujet dans une condition où les sources sont spatialisées (SpiN0), et ainsi d’évaluer le démasquage binaural, c’est-à-dire la différence de performance entre une condition colocalisée et une condition spatialisée.

Chez le normo-entendant, la réserve de démasquage est de l’ordre de 7 dB pour de la parole. À titre d’exemple, une différence de 10 dB entre l’oreille droite et l’oreille gauche peut engendrer une perte de démasquage binaural de 1,6 dB sur les 7 dB, soit environ 23 % de la réserve de démasquage.

Si l’on entre dans le détail, la capacité de démasquage semble principalement altérée par une perte auditive et/ou une asymétrie entre l’oreille droite et l’oreille gauche pour les fréquences inférieures à 1 000 Hz.

Autrement dit, lorsqu’on est face à une asymétrie et/ou à une perte auditive dans les graves, il est important d’être attentif à l’amplification des sons graves ainsi qu’à l’équilibrage droite/gauche.

Il convient toutefois de rester prudent : il ne s’agit ici que d’un aspect énergétique de l’audition binaurale. La capacité à recouvrer la réserve de démasquage dépend également de la cohérence temporelle entre les deux oreilles, sur laquelle nous n’avons pas, à ce jour, de retour.

Autrement dit, ce n’est pas parce que l’on corrigerait les graves que l’on restaurerait systématiquement la réserve de démasquage perdue.

En effet, si les délais entre les sons transmis à droite et à gauche par les appareils, ainsi que le son direct passant à travers l’embout ou le dôme, perdent en cohérence temporelle, cela peut au contraire avoir un effet délétère sur la compréhension dans le bruit.

L’enjeu est donc de considérer non seulement l’équilibre énergétique entre les deux oreilles, mais également la cohérence temporelle des informations sonores transmises, afin de préserver au mieux les capacités de l’audition binaurale.

Vertiges et troubles de l’équilibre : l’apport potentiel de l’audiométrie

Le Dr Cécile Nicolas-Puel, médecin ORL à Montpellier et rattachée à l’Institut des Neurosciences de Montpellier (Université de Montpellier/INSERM), est revenue sur les principaux enseignements de son étude Audiometry as a predictive proxy for balance dysfunction, publiée en 2025 dans la revue Scientific Reports.

L’étude, menée avec Jérôme Bourien, Régis Nouvian, Jean-Luc Puel et Jean-Charles Ceccato, a analysé les données de 1 115 patients consultant pour des vertiges ou des troubles de l’équilibre. Les chercheurs ont croisé les résultats des examens audiométriques avec ceux de plusieurs tests vestibulaires afin d’identifier d’éventuelles associations entre profils auditifs et dysfonctionnements vestibulaires. 

L’analyse statistique a permis d’identifier six phénotypes audiométriques distincts, présentant des corrélations avec certains résultats des explorations vestibulaires. Parmi les principaux enseignements, les profils caractérisés par une perte auditive unilatérale ou asymétrique étaient notamment associés à certaines pathologies vestibulaires périphériques, telles que la maladie de Ménière ou la névrite/labyrinthite vestibulaire. La maladie de Ménière représentait toutefois 4 % des diagnostics de la cohorte, tandis que l’ensemble des pathologies vestibulaires périphériques représentait 49,3 % des diagnostics. 

Ces résultats suggèrent que l’audiométrie ne constitue pas uniquement un outil d’évaluation de l’audition : le profil audiométrique pourrait également apporter des informations prédictives sur le fonctionnement vestibulaire. Les six phénotypes identifiés pourraient ainsi contribuer à affiner l’orientation diagnostique et à favoriser une prise en charge plus personnalisée des patients souffrant de vertiges ou de troubles de l’équilibre.

Systèmes CROS : vers une meilleure prise en charge ?

Des sujets plus politiques autour de la prise en charge des systèmes CROS aériens (CROS, BICROSS, Stéréo BICROSS)

Une table ronde était consacrée à la prise en charge des systèmes CROS dans le cas des surdités asymétriques, grandes oubliées de la prise en charge.

Du côté industriel, ce marché ne représente actuellement que 1 à 2 %, ce qui n’incite pas forcément les fabricants à développer davantage ces technologies. Pourtant, les possibilités en stéréo-BiCROS pourraient aujourd’hui être beaucoup plus larges et mériteraient d’être davantage exploitées, plutôt que de recourir à un simple programme détourné.

Un autre point essentiel concerne la nécessité de définir un protocole permettant d’évaluer correctement l’oreille défaillante. L’objectif est notamment de ne pas passer à côté de reliquats auditifs qui pourraient être exploités. Dans ce cas, il pourrait être systématiquement envisagé d’évaluer l’impact d’un appareillage auditif conventionnel sur cette oreille, d’autant plus lorsqu’un acouphène est associé.

Il est également essentiel de poser les bonnes indications. Une BAHA pour une cophose unilatérale, ou pour corriger une perte mixte, ne constituerait pas nécessairement la meilleure indication. 

Sur ces différents points, les acteurs présents autour de la table, notamment Frédéric Venail et @Stéphane Gallego, président du SDA, semblent partager la même position : aller vers un remboursement du CROS, oui, mais pas sans définir au préalable ces conditions de prise en charge.

Le docteur Frédéric Venail insiste également sur l’importance de faire la preuve de l’efficacité de ces systèmes, un élément qui sera déterminant pour convaincre les institutions en charge des décisions de remboursement.

Pour notre part:

Nous ajouterons également un questionnement sur le comportement du marché si demain le CROS était remboursé.

On a pu observer, avec les BAHSystem, que leur remboursement a progressivement ouvert le marché à des audioprothésistes initialement spécialisés dans ces technologies, mais aussi à certains professionnels plus opportunistes, parfois avec une connaissance plus limitée de ces systèmes.

Dès lors, quelle serait demain la conséquence d’un remboursement du CROS ? Ne risque-t-on pas d’assister à une vente à tour de bras de CROS, y compris pour de mauvaises indications ou avec des périodes d’essai insuffisantes, alors même que le risque d’abandon est déjà particulièrement élevé pour ce type de systèmes ?

Enfin, il faudrait également s’interroger sur l’impact d’un remboursement du CROS qui serait dispensé dans le cadre du 100 % Santé, et plus largement sur son articulation avec les appareils de classe 2.

L’intention d’accéder à un remboursement dans un intérêt d’une prise en charge est évidemment une bonne chose. Mais si l’objectif est de faciliter l’accès à ces solutions, un remboursement ne garantit pas nécessairement un abaissement du reste à charge, notamment dans le cas des appareils de classe 2.

Le remboursement du CROS apparaît donc comme une évolution souhaitable, mais qui ne pourra être réellement pertinente que si elle s’accompagne d’un cadre précis : bonnes indications, protocole d’évaluation, essais adaptés et formation des professionnels.

Implant cochléaire optique : pourra-t-on un jour entendre la lumière ?

Le Docteur Antoine Huet, chercheur à l’Institut des Neurosciences de Montpellier, a effectué une partie de son parcours postdoctoral au sein de l’équipe de Tobias Moser, à Göttingen, en Allemagne, l’une des équipes pionnières dans le développement de l’implant cochléaire optique. Il a ainsi présenté les dernières avancées autour de l’implant optogénétique, une technologie qui pourrait, à terme, permettre « d’entendre la lumière ». 

Cette technologie viserait à rendre les neurones auditifs photosensibles grâce à la thérapie génique, puis à utiliser un implant constitué de micro-LED capables d’émettre des signaux lumineux extrêmement localisés. L’objectif serait ainsi d’obtenir une stimulation beaucoup plus fine et précise des neurones auditifs qu’avec un implant cochléaire classique.

Mythe ou réalité ? Les perspectives semblent en tout cas suffisamment concrètes pour envisager des premiers essais dans les 10 prochaines années.

Implant auditif cortical : stimuler directement le cerveau pour restaurer l’audition

Le Docteur Brice Bathellier, directeur de recherche au CNRS et responsable de l’équipe « Dynamique du système auditif et perception multisensorielle » à l’Institut de l’Audition, centre de l’Institut Pasteur, a présenté les prémices de l’implant auditif cortical. Ses travaux portent notamment sur le décodage de la manière dont le cortex auditif traite et représente les sons, avec pour objectif à terme de pouvoir restaurer une perception auditive par stimulation cérébrale.

Avec l’implant cortical, nous ne sommes plus au niveau de la cochlée ou du tronc cérébral, mais directement au niveau du cortex auditif, grâce à une matrice d’électrodes ou de micro-LED positionnée sur les zones cérébrales impliquées dans le traitement des sons.

Les défis sont considérables : il faut notamment parvenir à stimuler les neurones de manière extrêmement précise, mais surtout comprendre comment reproduire les patterns complexes d’activité neuronale qui permettent au cerveau de transformer un signal électrique en une perception sonore.

C’est notamment là que l’IA pourrait jouer un rôle déterminant : l’objectif est de développer des algorithmes capables de transformer les sons en patterns de stimulation cérébrale interprétables par le cerveau, afin de se rapprocher le plus possible d’une véritable perception auditive.

Là encore, un projet particulièrement ambitieux et fascinant, mais qui devra encore franchir de nombreuses étapes avant d’aboutir à une application clinique chez l’être humain.

Conclusion

De la compréhension des mécanismes de l’audition binaurale aux réflexions sur la prise en charge des systèmes CROS, en passant par les nouvelles pistes de recherche autour des implants, ce congrès a mis en lumière de nombreux enjeux pour l’audiologie de demain. Autant de sujets qui montrent l’importance de maintenir des échanges étroits entre recherche, pratique clinique et audioprothèse pour continuer à faire évoluer la prise en charge des patients.

Article rédigé par Benjamin CHAIX & Antoine Lorenzi

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